UTMB 2018 – De la course mythique à l’arche d’arrivée

Depuis plusieurs années maintenant, je suis de prêt (via le live et le web), les coureurs des différentes courses de l’UTMB. Je me souviens qu’il y a 5 ans, je commençais à en parler avec des ami(e)s, parents et à ma femme.. Ces coureurs hallucinants, qui faisaient le tour du Mont-Blanc et parcouraient 170km et 10 000m de déniv. positif en moins de 46h30. Je trouvais ça complètement fous!..

Quelques années plus tard, je cours moi-même quelques Ultras et je prends vraiment mon pied sur des distances de 80 à 120 bornes. J’ai eu la chance de courir la CCC en 2015, le 90km du Mont-Blanc ainsi que la TDS en 2017 histoire de me faire une expérience sur ce format. Et voilà qu’en 2018, je me lance à mon tour sur cet UTMB 2018 en portant fièrement un dossard solidaire pour l’association A Chacun son Everest.

Semaine -1

Nous sommes en congés et profitons. J’essaye de penser à autre chose que cet énorme défi de saison qu’est l’UTMB 2018 : je ne me sens pas trop stressé. Je réduis considérablement mes entraînements.

Mes affaires sont prêtes, les sacs remplis, le roadbook enregistré dans ma tête !

 

J-1 Chamonix, me re voilà !

Nous prenons la route jeudi matin pour rejoindre Chamonix. Ma femme et mon petit restent en Alsace car emploi du temps professionnel incompatible ! L’assistance sera effectuée par mes parents, désormais rodés !

UTMB 2018 recup dossard

Une fois sur place, je retire mon dossard en début d’après-midi. Étonnamment il n’y a pas trop de monde ! Comme chaque année, la mécanique UTMB est bien huilée. Comme la plupart des concurrents, la veste imperméable est contrôlée, avec mon téléphone, ma couverture de survie et le bonnet. Puis passage par le stand réservé aux dossards solidaires pour un premier bracelet, puis badgage du sac et remise du dossard : 402 !

utmb 2018 dossard

Nous allons ensuite flâner un peu au salon de l’UTMB 2018. La CB restera au chaud dans le sac, mais je reviens avec quelques flyers de courses à découvrir.

UTMB 2018 salon ultra trail

S’en suite une pause sur une terrasse afin d’applaudir les futurs finishers de l’OCC en attendant 17h30, heure à laquelle j’ai rdv sur la place d’arrivée pour un évènement avec l’organisation et l’association pour la remise officielle des dons. Super moment de partage qui met dans l’ambiance de la course et permet d’échanger avec d’autres coureurs solidaires !

utmb 2018 ezmise dons

Nous rejoignons ensuite notre hôtel aux Houches, pour une soirée au calme et un coucher tôt histoire de me reposer un max !

 

Jour J

Vendredi, c’est le jour J. Je me lève à 8h30, réveillé par l’excitation. Je regarde mon téléphone : les premières estimations météo tombent par SMS. Le temps va être frais ! Va-t-on avoir droit à un UTMB 2018 raccourci ?UTMB 2018 alerte meteo

Après un bon petit dej bien complet, sans trop de concessions, je retourne dans la chambre pour vérifier une dernière fois mon sac ainsi que les sacs d’assistances !

utmb 2018 verif sacs

Nous allons ensuite déjeuner au centre des Houches, juste en face du premier ravito ! Je retourne ensuite dans la chambre pour essayer de faire une sieste. Mais en vain. Je suis déjà trop excité et concentré sur ma course.

Second SMS de l’organisation : ils annoncent encore plus froid et une météo hivernale jusqu’à samedi midi ! Pack hiver déclenché pour cet UTMB 2018 ! Il va falloir s’habiller chaudement avec un ressenti annoncé à -10 degrés ! Mais pour l’instant, pas de changement de parcours : plutôt une bonne chose, je n’ai pas envie de prendre le départ de cette course sur un mini parcours, 2018 ne sera pas une édition au rabais ! Celle-ci ressemblera plus à l’édition 2017 !

UTMB 2018 alerte meteo 2

 

Je fais ensuite un dernier point avec mes assistants suite à ce changement de météo. Je décide de partir en long avec coupe-vent et d’enfiler un haut plus chaud aux Contamines avant de passer la première nuit seul.

Le stress commence à monter. 15h30. Nous prenons la route vers Chamonix. Et là, petit coup au moral, il pleut et pas uniquement quelques gouttes !! Si ça continue ainsi, nous allons être trempés avant même de quitter Chamonix ! Une fois au parking (merci à A chacun son Everest pour le prêt du parking, au top), je mets ma Goretex pour rejoindre le gymnase ! ça mouille déjà bien !

Lorsque je dépose mon dropbag, j’ai plutôt froid. La température est fraîche. Je profite de ce moment pour passer un dernier coup de tel à Amandine avant cette longue sortie !

17h00 – je me rends vers la place du Triangle de l’Amitié. La pression monte, mais à ce moment, le stress est plutôt positif. Malgré la pluie de début de course, j’aime plutôt bien cette météo ! Les gens qui me connaissent le savent, je préfère largement cette météo froide plutôt que 40 degrés !

utmb 2018 depart chamonix pluie

Je m’intègre dans le flot humain composé de coureurs et des membres des familles. Je me situe dans le premier tiers ! Un clapping est organisé par le speaker, avant que l’organisatrice de l’UTMB, Catherine Poletti prenne la parole pour rappeler les conditions que nous allons devoir affronter. Un seul mot d’ordre : on ne traîne pas là-haut.

Dernière news de l’organisation, pour des raisons de sécurité seuls les pyramides calcaires et la tête aux vents sont supprimées !

UTMB 2018 depart

Puis la musique commence, celle qui donne des frissons ! Pas vraiment de décompte avant le lancement de cet Ultra-trail du Mont-Blanc ! J’y suis !!!! Les cris de la foule gagnent de l’ampleur et l’émotion est vraiment là. Ce départ prend aux tripes !

Ca y est, après ces quelques mois de préparation, le départ est donné ! Étonnamment, on commence à courir rapidement malgré le monde ! Impressionnant, du jamais vu : malgré cette météo, il y a du monde partout ! Un public et une ferveur sur des kilomètres. On sent vraiment ici la renommée internationale de ce trail. Malgré la foule, j’arrive à apercevoir mes parents qui sont après le premier virage ! je profite au maximum de toutes ces acclamations, je tape dans les mains des enfants sur le bord et qui ont autant d’étoiles dans les yeux que moi !

UTMB 2018 depart chamonix

Le départ de Chamonix se fait toujours sous la pluie et le frais. J’essaye de garder un rythme « plutôt lent » sur les premiers kms, même si de nombreux coureurs me dépassent en remontant vers les Houches ! La course est encore longue !

Nous arrivons rapidement au premier point d’eau des Houches. Je m’attendais à y trouver beaucoup plus de coureurs. Je m’arrête quelques minutes pour prendre un coca et faire l’appoint de ma flask d’eau !

UTMB 2018 Les Houches

Après plusieurs kilomètres de plats, la première côte arrive pour rejoindre le Delevret. Et toujours autant de monde, sur les bords des chemins, aux croisements des routes, etc. La pluie se calme. Je prends mon rythme de croisière sur cette première montée avec mes bâtons. Après quelques minutes, top surprise, je rejoins Philippe D. et Manu. Le monde est vraiment petit ! Nous prenons le temps de discuter un peu et prendre une photo souvenir avant de reprendre la route.

UTMB 2018 rencontre Philippe Manu

 

Le Delevret, 14km, Ven 19h50 (1h48)

Pas vraiment d’intérêt à s’y arrêter. Tout va bien, la luminosité est encore correcte et nous venons de partir ! J’entame donc la première descente en serrant les freins (un peu dur pour moi mais je garde en tête qu’il reste encore 155km à parcourir). La pluie tombe à nouveau ! Malgré la faible luminosité, je décide de pousser jusqu’à Saint-Gervais avant d’allumer la frontale, pas envie de m’arrêter, et sortir la frontale du sac. Je changerai d’avis 2kms avant le ravito car pas mal de racines et je n’y voyais plus rien !!

UTMB 2018 delevret

 

Saint Gervais, 21km, Ven 20h40 (2h38)

J’arrive au ravito de St-Gervais ou je décide de m’arrêter ! Première soupe aux vermicelles, petit sandwich au fromage, banane et coca ! De quoi tenir jusqu’au prochain ravito.

UTMB 2018 Saint Gervais ravito

Il pleut toujours (beaucoup). Je plains les supporters et plus particulièrement les miens qui attendent sous cette pluie ! Une fois sorti du ravito, j’aperçois ma maman. Le temps de lui faire un coucou et je repars vers les Contamines.

UTMB 2018 Saint Gervais

La suite de notre route jusqu’aux Contamines se fait sur une pente douce. J’alterne marche et course. Pas mal de monde devant et derrière, il n’est pas simple de trouver et garder son rythme. La pluie ne semble pas se calmer !

 

Les Contamines, 32km, Ven 22h12 (4h10)

Lorsque j’arrive au ravito des Conta je décide de me changer. Cela me permet de repartir presque sec pour la longue et froide nuit qui m’attend. Je change le haut pour une seconde couche manche longue chaude et change ma Goretex. J’en profite pour manger une bonne soupe aux vermicelles, prendre un thé et piquer quelques aliments salés sur les tables de ravito.

Je ne m’attarde pas beaucoup pour ne pas prendre froid. En sortant du ravitaillement, je me rends compte de suite que la fraicheur arrive. Devant moi, nouvelle surprise : Une partie d’Oxygène68 est devant moi !! Au top. Je prends le temps de discuter un peu avec eux avant de repartir. Cela fait plaisir et me boost pour cette première nuit.

UTMB 2018 contamines

C’est parti pour direction Notre Dame de la gorge. Nous passons par le camping, avant de longer la route (bof bof cette longue partie de bitume).

ND de la Gorge. Comment décrire ce lieu ! Magique ! Une ambiance de folie, des flambées sur le bord de la montée et surtout du monde partout sur cette montée : c’est l’ambiance UTMB !

UTMB 2018 ND Gorge

Nous enchainons ensuite vers la grande montée vers la croix du bonhomme : enfin le début des hostilités. 1500m de dénivelé à grimper, le froid, le brouillard et le blizzard qui nous attend là-haut. Tout va bien, je prends mon petit rythme et continue de doubler. La montée n’est pas technique et se fait plutôt bien.

J’arrive à la Balme et profite du petit ravito pour prendre deux thé sucrés. Ça fait du bien de rester quelques minutes au chaud ! Sur ce ravito, je ne prends rien à manger ! Alors que j’allais repartir, je recroise Manu. Nous décidons de rester un peu ensemble et de poursuivre la montée vers la croix du Bonhomme ensemble.

UTMB 2018 Balme ravito
Lorsque je sors du ravito, le vent se lève peu à peu et devient de plus en plus froid. Heureusement il ne pleut plus. Pour le moment, je ne souffre pas du froid, mais redoute un peu le reste de la nuit, celle-ci va être longue !!!

Tous mes indicateurs sont au vert, je continue donc sur mon rythme.

 

Refuge de la Croix du Bonhomme, 45km, Sam 2h00 (8h)

Plus on monte, plus le brouillard est présent (et je ne parle pas du vent… Ouah) ! Je me rends compte que j’ai perdu Manu ! Malheureusement, j’ai trop froid pour l’attendre. Je décide de continuer étant persuadé qu’il me rattrapera quelques kilomètres plus tard.

Lors du pointage, les bénévoles se réfugient sous un abri. Personne ne s’y attarde, il fait nuit, il fait froid ! L’organisation ne nous a pas menti, ça va cailler ! Vite je m’élance dans la descente pour espérer retrouver un peu de douceur en bas.

La descente se fait plutôt bien ! Le chemin est sympa, toujours pas technique. Il se court bien. La descente passe rapidement. Nous apercevons les tentes du ravito des Chapieux.

 

Les Chapieux, 50km, Sam 2h43 (8h40)

Ici, ravitaillement complet. Après un contrôle du sac, je prends le temps de manger un peu et refaire les niveaux (plein du sac et Flasks). Déjà 50ème km. Je décide de ne pas me changer et d’attendre la base de vie de Courmayeur. Je prends un peu de temps pour me poser dans un coin d’une tente, au calme pour manger, me masser les mollets et discuter avec une femme bénévole.

30 minutes plus tard me voilà prêt à repartir. Cela peut sembler long, mais le temps passe vite au chaud… Et ma « stratégie de course » semble bien fonctionner : prendre son temps au ravitos.

La sortie du ravito est très fraiche, voir froide. Je ne traine pas trop et essaye de reprendre rapidement mon rythme. Une grande et longue montée nous attend pour atteindre le col de la Seigne et ainsi passer en Italie.
La montée est longue mais sans grande difficulté. Sans réelle surprise nous retrouvons un vent froid au-dessus de 2.000m d’altitude. Je mène un petit groupe de 4 coureurs sur cette montée.

Un point est marquant sur cette montée : lorsque l’on regarde en arrière, le flux continu de lampes frontales est magnifique ! Une guirlande sans fin trace le chemin dans la montagne encore endormie : un moment magique, à vivre !!!!!!

 

Col de la Seigne, 60km, Sam 5h26 (11h25)

Encore une fois, il ne fait pas bon rester là-haut ! Je tire mon chapeau (enfin mon bonnet dans ce cas) aux bénévoles présents à ce col. Le passage de l’autre côté nous amène les premiers rayons de soleils à travers les nuages, mêmes si très timides ! Je plonge ensuite en Italie, direction le lac Combal. Lieu magnifique qui m’avait marqué lors de la TDS2017 ! La descente se fait bien sur un chemin caillouteux. Je me fais doubler par quelques coureurs qui lâchent les watts. Pour l’instant, je préfère jouer la sagesse et continuer sur mon petit rythme de croisière !

UTMB 2018 lac combal sortie

 

Lac Combal, 65km, Sam 6h05 (12h03)

J’atteins rapidement ce Lac Combal. Malgré le ciel qui commence à se dégager j’ai toujours froid ! Je décide une fois de plus de prendre une soupe aux nouilles et manger mon premier sandwich à base de charcuterie italienne ! Celui-ci passe très très bien. Un bon petit dej dans un cadre magique ! Je remplie ensuite mes deux Flasks de Thé afin de me réchauffer !

UTMB 2018 lac combal

L’heure de faire un petit bilan sur cette première nuit blanche : celle-ci c’est plutôt très bien passée. Aucune somnolence, la fatigue est présente mais reste sous mon seuil critique. Je me fixe comme prochain objectif, la base de vie de Courmayeur pour me reposer un peu.

UTMB 2018 lac combal 2

Je repars du ravito en forme : plus qu’une petite montée et nous pourrons amorcer notre grande descente vers Courmayeur.

 

Arrête du mont Favre, 70km, Sam 07h30 (13h25)

La montée vers l’arrête se passe à bon rythme. J’adore ce coin. Nous atteignons l’arrête en sens inverse de la TDS. Je m’arrête pour prendre quelques photos avant de continuer vers le col Checrouit

utmB 2018 mont favre

A ce stade, nous avons avalé environ 4400m de dénivelé positif, il nous en reste encore une bonne dose !

utmB 2018 arrete mont favre

 

Col Checrouit, 74km, Sam 08h05 (14h05)

Petit ravitaillement du Col Checrouit : premier changement sur mes prévisions. Je le pensais « sans intérêt » et ne pas m’y arrêter ! Mais j’ai changé d’avis lorsque j’ai vu le plat de pasta et sauce maison offert par quelques bénévoles avec en plus un concert organisé sur une estrade en bois. Le grand luxe ! Manger des pastas au col avec de la bonne musique rock face aux pics qui se réveillent !! Un moment magique de cet UTMB 2018 pour moi ! Je ne pouvais pas passer à côté de cela. Cette pause de 10 minutes était nécessaire !!

utmB 2018 Col Checrouit

Bravo aux bénévoles !

J’entame ensuite 4km de descente, direction, LA base vie ! La descente se fait plutôt bien sur un single (ouf nous ne passons pas par la piste 4×4 emprunter par la TDS).

 

Courmayeur, 78km, Sam 08h52 (14h51)

Après une descente sympa ou les jambes répondent plutôt bien, me voilà à la base de vie, à l’heure pour le petit dej.

utmB 2018 courmayeur arrivee

Cela me laisse un peu de temps avant que la fameuse barrière horaire me rattrape !  Une fois de plus, l’organisation UTMB est au top ! Je récupère très rapidement mon sac pris en charge par l’organisation. Lorsque je passe le contrôle, mon sac est déjà prêt et tendu par une bénévole ! Oula pas si vite, je ne compte pas faire un arrêt type F1, je vais prendre mon temps donc pas de stress pour me donner mon sac !

utmb 2018 sac base de vie
Changement de tenue, toutes les épaisseurs du haut sont remplacées. Je décide d’être optimiste (inconscient ?) et de repartir en short et haut manche courte !! Un peu trop confiant je pense. Quel petit bonheur que de remettre un t-shirt propre. De même pour les chaussettes et toujours autant de crème.

utmb 2018 courmayeur ravito

Je décide de ne pas manger de pastas, même si j’ai beaucoup pensé au spectacle du dossard 512 : « Elles ont l’air bonnes vos nouilles Madame » !! Une petite assiette de fruits, 2 sandwichs jambon, fromage, sac rempli à bloc et Flasks remplies pour le départ. Mon assistance perso est au top et bien rodée ! Le moral est bon même si impossible de dormir ici ! Je décide de repousser ma pause dodo vers Bonatti ou Arnouvaz, un peu plus au calme !

Environ 1h plus tard, c’est reparti ! Gonflé à bloc, pour cette seconde moitié de course que j’ai déjà empruntée en 2015 lors de la CCC : au menu, une belle montée de 800m de d+ vers le refuge Bertone, puis une longue portion relativement plate jusqu’au refuge Bonatti pour enfin rejoindre Arnouvaz.
La sortie du gymnase se fait sous le soleil. La journée s’annonce plus douce, sans pour autant être étouffante ! Au top !

utmb 2018 montee courmayeur bertone

La montée vers le refuge se passe plutôt bien, sur un single plutôt sympa. Je monte de façon régulière, pour l’instant les muscles vont plutôt bien ! Seul bobo qui commence à me faire souffrir : l’orteil qui a tapé une grosse pierre lors de la précédente descente. Celui-ci se fait bien sentir dans les chaussettes neuves ! J’essaye de penser à autre chose, profiter des paysages et surtout avancer ! Le vent se lève une fois de plus et la température chute (vite) ! Je reste en short, mais repasse une épaisseur supplémentaire sur le haut !

 

Refuge Bertone, 83km, Sam 11h23 (17h22)

J’arrive au refuge Bertone pour l’apéro ! Ici pas de bière mais une pause soupe et thé ! Je ne m’attarde pas trop sur ce ravito et décide de repartir après 10minutes d’arrêt pour une longue portion relativement plate.

utmb 2018 montee bertone
J’alterne course et marche rapide en fonction du profil. J’aimerais bien aller plus vite, courir un peu plus mais je suis toujours aussi mauvais sur les parties de relances, faux plats montants ! Je manque sincèrement d’entrainement sur ce point !

utmb 2018 bonatti 2
Même si je ne pense pas me trainer (et double pas mal d’autres coureurs « au bout de leurs vies », je comprends vraiment comment on peut faire un bon temps si on a la caisse pour courir sur ces portions. Les chemins sont aisés, non techniques et se prêtent bien à la course.
La vue est toujours aussi sympa même si de méchants nuages commencent à s’emparer du Grand Col Ferret !! ça sent pas bon pour la suite. J’essaye de ne pas me focaliser sur ce point et me dis que cette montée est magnifique et que même si aujourd’hui je dois la faire dans le brouillard, j’ai déjà eu la chance de la faire avec le soleil et une météo chaude !
Physiquement tout va bien. Je ressens une fatigue « normale » mais reste dans ma zone de confort pour le moment malgré le froid !

 

Refuge Bonatti, 90km, Sam 12h50 (18h45)

Après une bon thé chaud, je décide de me poser un peu sur un muret en pierres pour essayer de dormir ! Je m’habille chaudement, enclenche mon réveil (20 minutes plus tard), enfile ma Goretex et me couche sur mon sac. Malheureusement impossible de m’endormir, trop froid ! Je reste tout de même posé, tête contre mes genoux pour me reposer un peu avant de repartir.

10 minutes plus tard, je retourne à la table de ravito pour remplir mes flasks de Thé chaud. Je place mon sac entre la seconde couche et la veste. Cela permet de garder un peu de chaleur et de réchauffer !

utmb 2018 bonatti

Me voilà reparti vers Arnouvaz. A ce stade, je commence à ressentir le manque de sommeil. Même si j’essaye de ne pas me focaliser sur ce point, mes pensées s’évadent ! J’essaye d’accrocher un autre coureur afin d’accélérer le rythme et m’obliger à rester vigilent sur cette descente !

 

Arnouvaz, 95km, Sam 14h09 (20h08)

J’arrive à Arnouvaz ou des bénévoles me demandent si je vais bien (je devais avoir une sale tête). On m’informe qu’il est obligatoire de se mettre en long et étanche pour ressortir du ravito. Parait que ça souffle fort là-haut ! Je m’arrête prendre un petit sandwich, un Snickers et quelques tranches d’orange avant de repartir vers ce Grand Col Ferret. Hâte de monter et voir ce que ça donne : pour moi le passage de ce col est une bonne évaluation de mon état de forme pour la suite. Si la grimpette se passe bien je garde bon espoir pour la suite, sinon il faudra refaire du jus pour la dernière nuit et les derniers cols !

En sortant de la tente, passage obligé devant l’inspecteur de course : il nous scrute des pieds à la tête avant de nous laisser repartir. « Là-haut, ça souffle et on n’y voit pas grand-chose, équipez-vous et ne traînez pas au sommet! ».

utmb 2018 arnouvaz
Sur ce, je m’élance, équipé comme jamais, avec les différentes épaisseurs, et même mon pantalon étanche Raidlight tout neuf acheté en 2015, jamais utilisé !! Sans surprise, je replonge dans le froid et le blizzard rapidement. Un vent « frais » et une fine pluie qui est à la limite du givre.

utmb 2018 grand col ferret

Plutôt bien dans cette montée, je continue à dépasser sans avoir l’impression de forcer (je reste dans ma moyenne de 700m/h). Plus on monte, moins on voit !

utmb 2018 grand col ferret montee

Une chose est sure, je ne vais pas m’attarder au sommet ! Quel courage des bénévoles qui sont là-haut pour une bonne partie de la course !

utmb 2018 grand col ferret montee 2

Grand Col Ferret, 100km, Sam 15h46 (21h44)

C’est fait, le col est passé. Le temps de prendre une photo et je repars… ça y est nous sommes en Suisse !

utmb 2018 grand col ferret 2

Je peux m’élancer dans la plus grande descente du parcours, quasiment 1.500m de dénivelé à descendre d’une traite sur 20km. Je débute cette descente avec quelques réticences. En 2015 cette descente fut compliquée pour moi. Je pars donc prudemment pour que mes muscles comprennent que nous « changeons d’angle ! ». Le sentier n’est pas technique, et permet de bien dérouler la foulée. Cependant les douleurs du genou se font de plus en plus sentir !

Une seule hâte ici, arriver au prochain ravito pour me poser et dormir un peu. Le sommeil continue à s’installer mais reste gérable. Après cette longue descente, nous arrivons sur un chemin large et plat. J’alterne marche et course, car courir sur cette section devient compliqué !

Finalement je me rassure un peu car cette descente n’était pas aussi interminable que dans mes souvenirs (et heureusement).

 

La Fouly, 109km, Sam 17h17 (23h15)

Lorsque j’arrive à la Fouly, je revois (enfin) des têtes connues : mes parents. Cela fait du bien moralement même s’ils resteront à l’extérieur du ravito. Une fois de plus, je prends mon temps. Des choses étranges commencent à se produire… J’ai l’impression de devoir attendre quelqu’un sur ce ravito pour repartir. Je tourne un peu en rond devant la table des fruits proposés par l’organisation !! Je crois qu’il est temps de se poser et de dormir un peu ! Avant de me poser à une table, j’essaye de remettre la main sur mon gobelet obligatoire pour une petite soupe aux vermicelles ! Malheureusement celui-ci reste introuvable… Il est sans doute tombé à Arnouvaz après le ravito. J’enclenche donc le plan B et demande à l’organisation de me couper le fond d’une bouteille afin de pouvoir continuer à profiter de la haute gastronomie des ravitos !

Je décide ensuite de me poser quelques minutes contre une table pour tenter une nouvelle micro sieste ! Malheureusement trop de bruit !! Speakers à fond, bref malgré la fatigue trop de bruit pour moi ! Je décide de remplir mes gourdes et de repartir en espérant que cela se passe mieux à Champex !

utmb 2018 la fouly

Je sors du ravito avec comme prochain objectif, rejoindre rapidement la prochaine base d’assistance pour me changer et DORMIR ! Après quelques échanges avec mes parents, je reprends mon petit bout de chemin… Les muscles commencent à réclamer du repos et préfèrerai se poser dans la voiture de mes accompagnateurs ! Quant à mon orteil, il est toujours présent. La douleur se fait de plus en plus présente !! Va falloir ouvrir, se soigner et essayer de changer de chaussures !

Nous continuons sur un sentier vallonné sans réel difficulté. Après une courte descente nous traversons un sympathique village avant de débuter une « rapide » montée pour atteindre Champex Lac. Suis content d’atteindre Champex-Lac avant la nuit, même si la frontale est la bienvenue.

utmb 2018 la fouly 2

La température est un peu remontée. J’ai limite chaud, pour la première fois de cet UTMB 2018 !

 

Champex Lac, 123km, Dim 20h29 (26h28)

Gros ravitaillement de Champex. Même si ça commence à sentir bon l’arrivée dans mon esprit, il reste encore une cinquantaine de kilomètres ! Tout n’est pas joué ! Etape1 de ce ravito, soigner mon orteil qui n’est pas au mieux de sa forme ! Je change une nouvelle fois de chaussettes et essaye de changer de chaussures… J’abandonne très rapidement cette idée car ma paire de rechange est plus serrée et mon pied ne rentre plus dedans : trop enflé et trop douloureux.

utmb 2018 champex lac

Je mange rapidement un plat de pastas bolo gruyère avec quelques cookies, 2 mini snickers et quelques fruits : très important les fruits dans ma nutrition sans failles !!!. Étonnamment à ce stade de la course, mon estomac accepte encore l’ensemble des aliments. Une excellente nouvelle car sans carburant il sera compliqué d’avancer ! Cela est probablement lié à la température.

Je passe ensuite ma micro doudoune sur les épaules, boules quies et serviettes en guise de coussin pour une nouvelle tentative de sieste ! ça y est, je dors !!!! Enfin je m’en aperçois lorsque mon accompagnateur me réveil 10minutes plus tard. Même si cela parait peu, cette micro sieste fait un bien fou au moral ! J’ai presque l’impression d’avoir ronflé 2h !

utmb 2018 champex lac ravito

Je repasse en tenue longue pour débuter cette seconde nuit ! A ce stade j’appréhende un peu car nous (mon corps et le restant de moi…) devons apprendre à combattre cette fatigue et avancer pour rejoindre cette arche de Chamonix !

Je repars après un long arrêt au stand (mais sans doute nécessaire avec mon fonctionnement). Après une longue portion tranquille et plate, voilà l’ascension vers La Giète. La météo est largement plus clémente que la précédente nuit. Tout va pour le mieux, je double et double encore. J’arrive à garder un rythme plutôt correct et essaye de ne pas trop me poser de questions. J’avance seul et m’isole avec de la musique pour rester dans ma bulle.

 

La Giète, 134km, Dim 0h18 (30h17)

Le sommet relativement vite passé. J’arrive toujours à m’hydrater correctement, les indicateurs sont au vert à l’exception de mon orteil et genou qui commence à être pénible. J’entame la descente en alternant course et marche rapide direction le ravito de Trient ! A ce moment, je sens mon orteil prendre de plus en plus de place dans ma chaussure et appuyer sur le haut de la chaussure à chaque foulée.. Pas très agréable à ce stade de la course. Je décide donc (bêtement et sans trop réfléchir) de desserrer ma chaussure !!! Grosse erreur, en libérant mon orteil je créé un nouveau problème… Avant-même d’atteindre Trient je sens une grosse ampoule sous le pied droit (l’humidité a bien aidé dans ce cas !). A ce moment, je sais que je vais encore morfler jusqu’à la fin de course (et oui, dans ma tête je vois la ligne d’arrivée)

 

Trient, 139km, Dim 1h15 (31h15)

J’arrive à Trient ou mes parents m’attendent !! Chapeau, au milieu de la (seconde) nuit ! Je me pose un peu pour grignoter et recharger mes Flasks. J’essaye une nouvelle fois de me poser pour grappiller quelques minutes de repos mais décide rapidement de partir.

Me voilà ainsi reparti dans l’avant dernière montée, celle qui nous ramène à la frontière avec la France ! Tout d’abord en marche tranquille pour remettre en marche les muscles. Nous sommes déjà dimanche, au milieu de la seconde nuit blanche : l’arrivée n’aura été aussi proche!

 

Les Tseppes, 142km, Dim 3h00 (32h59)

Cette avant dernière grande montée s’est plutôt bien passée. Je monte au train et continue de doubler quelques coureurs. La météo au sommet est beaucoup plus clémente que la première nuit ! J’en profite pour m’arrêter rapidement à un ravito improvisé, prendre un coca et discuter avec les bénévoles.
Nous passons la frontière et amorçons une grande descente vers Vallorcine. Je cours à bon rythme dans cette descente avec une autre coureuse croisée quelques ravitos plus tôt ! La descente est plutôt sympa au début ! Tout se passe bien jusqu’à la rencontre d’un rocher.. Et devinez quoi .. il tape à nouveau sur mon orteil déjà bien amoché ! La loi des séries : très grosse douleur qui me stoppe nette pendant plusieurs minutes. Je continue ensuite ne marchant, le temps de penser à autre chose et que la douleur diminue.

Le reste de la descente est vraiment sans intérêt ! Descente sur chemin large de 4×4, chiant et roulant ! L’arrivée sur Vallorcine semble être interminable.

 

Vallorcine, 149km, Dim 04h40 (34h38)

Arrivé à Vallorcine, je fais une pause de 30 minutes (environ). Je prends mon temps afin d’entamer le dernier tronçon sereinement ! A ce stade, je me dis que plus rien ne peut m’empêcher de passer cette ligne d’arrivée, même si je dois ramper (bon pas sure que cela me suffise niveau barrière horaire). Je fais plutôt light niveau ravito : plus envie de rien ! Je repars donc en laissant mes accompagnateurs derrière moi pour la dernière fois de cette course !

Après quelques kilomètres, une excellente surprise m’attend. Gégé, un ami s’est levé au milieu de la nuit pour venir me voir passer au Montets ! Chapeau M’sieur !! cela fait vraiment plaisir.

 

Col des Montets, 153km, Dim 06h12 (36h11)

Le parcours a donc été modifié à ce niveau et après le col des Montets, plutôt que de monter à la tête aux vents, nous naviguerons dans la montagne pour atteindre la station de La Flégère.

utmb 2018 les montets

Longue portion sans aucun intérêt. J’ai l’impression que l’on réalise cette partie de chemin juste pour atteindre les 170km et garder le dénivelé. Nous montons sur un petit chemin qui crapahute en sous-bois, entre racines, pierres et terre. Nous montons et descendons sans cesse. Sans avoir l’impression d’avancer. Beaucoup commencent à craquer et à maudire ce chemin sans fin. Pour ma part, la fatigue est très présente à cet instant. Le plaisir de cet UTMB 2018 me quitte (provisoirement). J’essaye d’avancer rapidement afin de sortir de ce secteur et me rebooster un peu !

Il commence à faire plus chaud : cette journée de dimanche s’annonce être la plus belle : dommage que ce soit celle où j’arrive ! Pour la première fois, j’aperçois enfin le Mont-Blanc et l’Aiguille du Midi. Cela fait deux jours que sommes partis et voilà le Mont-Blanc autour duquel nous tournons.

Ce paysage reboost un peu… Je prends « mon mal en patience » et avance ! Nous sortons des sous-bois et entrons de plein pied sur les pistes de ski. Il faut alors remonter les pistes pour atteindre le ravitaillement de La Flégère situé au niveau des remontées mécaniques.

utmb 2018 flegere piste ski

Ça y est, je touche la fin, les derniers mètres de D+ de cette course.

 

Flégère, 160km, Dim 08h12 (38h10)

Et voilà ! Dernier ravitaillement. Même s’il ne reste que 7 km de descente, je m’arrête rapidement pour prendre un coca est discuter avec les bénévoles qui sont au top !

utmb 2018 la flegere
Je débute ensuite cette dernière descente que j’apprécie. Un débit plutôt technique où nous retrouvons les sous-bois avec leurs racines et cailloux, puis une seconde partie qui débouche sur des chemins forestiers bien larges où la course peut se débrider.

utmb 2018 flegere chamonix
Je suis étonné de doubler dans cette dernière descente alors que mon orteil me fait toujours autant souffrir, mais étonnamment, plus j’avance plus les douleurs disparaissent !
Je dévalerai les 7 derniers kms en 1h07.

Me voilà à l’entrée de Chamonix. Après un passage devant la maison de l’association, nous bifurquons vers le parking du tennis puis longeons l’Arve ! Petite nouveauté pour mériter cette polaire de finisher UTMB 2018 : les nouvelles passerelles à franchir pour traverser la route !!

utmb 2018 passerrelle

Nouvelle surprise, je croise une collègue de bureau responsable de la communication qui a fait le déplacement pour venir m’encourager et prendre quelques photos ! Au top, je ne m’attendais pas une seconde à sa présence !

UTMB 2018 arrivee chamonix

Je continue ensuite dans les rues du centre de Chamonix. Malgré l’heure, déjà pas mal de monde pour nous encourager ! La sensation est alors difficile à décrire, tous les sentiments se mélangent : l’émotions, la fatigue, la satisfaction et tant de belles images qui reviennent !

Je prends mon temps pour passer cette arche tant convoitée ! Je savoure !

 

Chamonix, 170km, Dim 09h19 (39h18)

Cela fait 2 jours que je suis dans ma bulle la plus complète. A ne penser qu’à mon avancement, mon état physique, mon alimentation et voilà que je viens de boucler cet ultra trail du Mont-Blanc, course si convoitée et si mythique !!! Nous profitons pour prendre quelques photos afin d’immortaliser ce moment si spécial !

utmb 2018 arrivee a chacun son everest

Je retrouve mes fidèles et méritant suiveurs !!! Que c’est bon. Je vais ensuite récupérer ma polaire Finisher et me dirige vers le ravito d’arrivée. Cette fois hors de question de prendre du Coca, du thé ou autre, mais je récupère une bière Heineken !! Et oui, parait que la bière c’est important pour la récup, il faut y penser.

utmb 2018 ravito cham

Et en reprenant mon portable, je découvre tous les messages ! La famille, les amis, Oxygene, les collègues… Tous autant que vous êtes qui m’avez suivi et soutenu : MERCI à vous tous, je vous savais avec moi et ça aide vraiment à avancer.

Quel trail que cet UTMB 2018. Même si le parcours n’est pas très technique ce trail est à part, magique, transcendant. Une organisation aguerrie et une ambiance de dingue.
Une course qu’il faut vivre au moins une fois dans sa vie de traileur. Je suis heureux d’avoir partagé cete expérience avec l’association A chacun son Everest! Hâte de revivre ça sur un nouveau projet 2019!!!

utmb 2018 philippe scherrer oxygene68

Nous irons ensuite prendre un petit dej complet au centre de Chamonix ! Celui-ci fait vraiment du bien ! Je ne réalise pas encore d’avoir fait 170km autour de ce magnifique caillou blanc.

En sortant du café, je vais même croiser les amis d’Oxygène68. Malheureusement, petit problème de timing, nous nous sommes ratés à l’arrivée ! Dommage.

UTMB 2018 rencontre oxygene68

Sur le parking de l’asso nous rencontrerons Marie-Christine et profiterons pour discuter un peu en plus d’une photo souvenir !

utmb 2018 a chacun son everest arrivee

Puis retour à l’hôtel pour une sieste bien méritée !!! Second bonheur de la journée : plonger dans un lit après une grosse douche !

Et voilà, je rentre avec la troisième polaire! Reste la dernière, celle qu’il faudra aller chercher loin, celle qui se mérite: la PTL … D’ici quelques années peut-être!

UTMB 2018 polaire finisher

 

Pour finir le tableau des temps de passages:

utmb 2018 passages

Par | 2018-09-13T23:16:08+00:00 septembre 13th, 2018|Dossard solidaire, Récit de course|1 Comment

Un commentaire

  1. Dexter 19/09/2018 à 12:39 - Répondre

    A la recherche d’une recette de barre de céréale maison, je suis tombé sur ton site et sur ce compte rendu génial! Très belle performance, un plaisir de te lire, on s’y croirait! Merci pour ce récit, hâte de lire les prochain!

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