TDS (Traces des Ducs de Savoie) – 120km 7200m D+

Je me lance sur ce récit de mon objectif saison 2017.. Posez-vous, faites-vous couler un café, cela va être long. Finisher de cette TDS (Traces des Ducs de Savoie) 2017 avec ses 119km pour 7300m+ marquée par une météo clémente en 25h53. J’en profite pour vous remercier pour tous les messages de soutien, d’encouragement et le suivi « appuyé » de certain(e)s. La saison 2017 est déjà terminée mais remplie de belles satisfactions.

Après une pré-inscription mi-décembre 2016 et un tirage au sort positif début janvier, je me retrouve inscris à une course nommée Sur les Traces des Ducs de Savoie, ou plus intimement la TDS avec ses 119km et 7250m de déniv. de descente autour du Mont-Blanc.

TDS 2017

MA PREPARATION TDS

Pas de prise de tête particulière. C’est mon objectif de l’année mais ne le ressent pas comme une fin en soi malgré le beau morceau qui m’attend. Une préparation sur base d’un plan perso plus ou moins bien suivi (4 séances semaines) avec quelques courses de préparation dont le magnifique 85km du Mont-Blanc qui m’a beaucoup marqué…

 

MARDI 23 AOUT 2016 – Arrivée sur CHAMONIX

Départ pour CHX le mardi matin avec mon papa qui s’occupera de mon assistance et ravitos. Comme d’habitude, mon sac de course est prêt avec le matériel obligatoire plus sac d’assistance, sac du Cormet, et repas de ravitos… Après un petit tour au centre, je vais récupérer le dossard vers 13h30 où il y a pas mal de monde contrairement à la CCC en 2015 ! Contrôle minimum du matériel obligatoire puis on accroche le fameux bracelet autour du poignet.. Ça y est, je suis bagué, matériellement fiché « TDS iste ».  

TDS 2017

Puis direction le salon du trail pour un petit tour.. J’en profite pour m’arrêter au stand Raidlight suite à problème technique plutôt gênant : Lors de la préparation de mon sac, je me suis aperçu qu’un bidon Raidlight acheté au mois de mai était percé.. Heureusement j’ai testé les bidons avant le départ.. Très pro. Raidlight me le remplacera immédiatement, sous garantie.

TDS 2017

Nous rejoignons ensuite l’hôtel aux Houches ! Belle chambre, sympa avec vue sur le Mont-Blanc ! Nous mangerons assez tôt à l’hôtel, menu spécial course à base de viande blanche et pastas ! 

Un peu après 21 heures, extinction des feux, dans un bon lit bien molletonné qui donnerait envie de faire une bonne grasse matinée.. Mais le réveil est programmé bien plus tôt !!

 

MERCREDI 24 AOUT 2016 – LA COURSE

3 heures. Mes deux réveils ont sonné, la nuit s’est plutôt bien passée. C’est dur de sortir de sortir du lit, sachant que la journée va être plutôt longue pour espérer boucler cette TDS

Je prépare mon petit dej à base de gato sport, compote, banane. Le café me manque beaucoup ! Un passage à la salle de bain, pour prendre le temps de se préparer, se débarbouiller, un bon, long brossage de dents puis nous décollons. Petite surprise lors du passage par la réception de l’hôtel, un petit dej improvisé pour nous motiver avec jus, café et croissant ! Une belle attention !! Nous irons ensuite récupérer la navette prévue à vers 4h15. Je suis heureux d’être là, quoi qu’un zeste d’appréhension est présent, normal..

Finalement nous prendrons la navette au même endroit que la CCC, aux Houches. L’organisation est très bien rodée, quasiment aucune attente et un départ de la navette pilepoil à l’heure passer sous le tunnel du Mont-Blanc et rejoindre le départ à Courmayeur.

Arrivé tôt, la température est fraiche, le jogging d’attente et polaire sont les bienvenus. Après quelques centaines de mètres, nous arrivons à la première petite place pour poser mon sac d’assistance.

5h40, je dis salut à mon papa et part m’installer dans le sas de départ. Il y a déjà beaucoup plus de monde, ça grouille et me positionne de suite vers le milieu du peloton afin de me retrouver plus rapidement dans mon rythme et ne pas subir le faux rythme du fond de peloton. M. Poletti nous mets en garde sur la météo à venir, et les risques d’orages annoncés pour la nuit après Bourg-Saint-Maurice. La météo dira vrai. Je profite de l’instant et savoure cette ambiance douce et sèche, qui prend aux tripes !! Je retrouve les mêmes frissons qu’au départ de la CCC…

Je suis au départ de cette TDS tant décrite et enjolivée par les dizaines de récits lus avant la course. Annoncée difficile, je garde en tête mon 85km du Mont-Blanc… Cette épreuve qui m’a marqué en 2017…

TDS 2017

6h00 – LE DEPART : Le départ de cette TDS édition 2017 est donné, c’est parti, la musique à fond, je profite des festivités, de ce moment festif avant de longues heures au calme au milieu des cols alpins. Je me mettrais à courir réellement qu’au bout d’une minute.

Ça part sur un rythme relativement rapide, le profil est descendant sur du goudron. Perso, mon premier but est de gérer la première ascension pour tester la forme puis arriver à Bourg Saint Maurice, au 50ème, le moins entamé possible avant d’attaquer la montée au Passeur tant redoutée !

Les 2 premiers kilomètres passent très vite puis le profil devient montant et c’est en rentrant dans une sorte de parc de jeu que l’on débute enfin la course. Direction le Col Chécrouit, 6 kilomètres plus haut. Au fur et à mesure, j’observe la vallée de Courmayeur qui se réveille, paysage très agréable.

Cette première montée reste relativement simple, large chemin de 4×4 qui sert de piste de ski l’hiver. La pente est prononcée à certains endroit et tout le monde monte grosso modo sur le même rythme.

Le Col Chécrouit arrive rapidement. Il y a un ravitaillement mais je ne m’arrête pas, trop de monde. Je décide de continuer et file directement en direction du Lac Combal. La météo est plutôt chargée pour le moment, avec pas mal de brouillard ! Espérons que cela passe rapidement afin de profiter des paysages !!

TDS 2017

 07H14 : Col Chécrouit – 7km 800m – 01h13 depuis le départ. 751 ème.

 De suite après le ravitaillement, je m’insère à la suite du peloton qui s’en va à l’Arête du Mont Favre. On est en file indienne et on le restera durant toutes les montées jusqu’au Petit Saint Bernard, pour le moment cela reste une autoroute.. Il faudra attendre pour le côté sauvage et solitaire, mais ça je m’en doutais.

Par contre, bonne surprise, les paysages commencent à valoir le détour. Le sentier est magnifique et la vue se dégage de plus en plus. Les contreforts du Mont-Blanc commencent à se dévoiler. On rentre dans le vif du sujet.

 Plus on monte, plus le panorama se bonifie. Le Val Veni. Juste somptueux !!! Paysages magnifiques.

TDS 2017

On aperçoit alors l’arrivée à l’Arête Mont Favre caractérisée par des épingles parsemées de coureurs multicolores.

 

08H14 : Arête Mont Favre – 11km 1300m – 02h12 depuis le départ. 777 ème.

Passé l’Arête du Mont Favre, nous redescendons vers la plaine du Lac Combal et le prochain ravitaillement. Je démarre la descente doucement pour me remettre en jambe.

TDS 2017

Passé la descente, nous sommes accueillis par de chaleureux applaudissements, rare moment avec des spectateurs, avant de se diriger vers le ravito du Lac Combal. Je continue à courir ces deux kilomètres de plats en me disant que ce n’est pas sans doute pas en seconde partie que je pourrais le faire…

 

08H43 : Lac Combal – 15km 1300m – 02h41 depuis le départ. 679 ème.

TDS 2017

Arrivée au ravitaillement du Lac Combal, encore pas mal de monde, mais plutôt bien organisé : je prends le temps de me ravitailler (soupe, saucisson et pain, coca et banane, le gourmand !) et je remplie mes deux gourdes. 20 minutes plus tard, je ressors de cette zone pour continuer mon chemin. La forme est plutôt présente, je souffle et repars.

Le profil montant reprend direct. Après un premier ressaut, on rejoint une sorte de cirque au premier abord légèrement bosselé. Ce n’est que plus loin et avec l’apparition du soleil que je comprends la dure tâche à venir et la montée au Col Chavanne. Un single qui monte sérieusement mais régulièrement.

TDS 2017

Cette montée est presque un plaisir tellement le panorama sur le Mont-Blanc et le massif est beau. Tout en avançant, je profite donc de chaque vue face au massif pour remplir ma mémoire et prendre quelques photos.

TDS 2017

Le coté impressionnant de la montée est que l’on aperçoit ce qui nous reste à gravir sur les 200 prochains mètres. Et c’est facile de deviner, il n’y a qu’à voir les files de coureurs parsemées ci et là.

Le dernier raidillon avant le Col Chavanne est bien raide. Un vrai petit mur, mais les nombreuses petites épingles limitent la difficulté. Arrivé au Col, je ne m’arrête pas et poursuit vers la première descente qui nous amènera à l’Alpetta, dix kilomètres plus loin…

 

09H55 : Col Chavanne – 20km 1900m – 03h53 depuis le départ. 851 ème.

Les places perdues l’ont été au ravitaillement précédents… Comme souvent, je prends pas mal de temps aux ravitos (gourmandise ? Besoin de me poser ?) Bref, pas bien grave, la route est encore longue…

 Je garde un rythme régulier et gagne pas mal de place sur cette section en descente en vue de Bourg-Saint -Maurice. Mais je reste sur un rythme de descente cool et surtout sans forcer. Pour l’instant, bonne nouvelle, la chaleur qui augmente au fur et à mesure de la descente reste très convenable. Les conditions météo me conviennent pour le moment.

Le coin de l’Alpetta est très sympa. On traverse une passerelle en bois et je démarre l’ascension vers le Petit Saint Bernard. On traverse une parcelle pleine de vache, une route où des suiveurs nous encouragent. Un nouveau chemin puis, la traversée d’un cours d’eau. On démarre la montée à découvert dans des pâturages. 

Le peloton s’étire sur cette section. Nous allons attaquer la montée finale vers le Col du Petit Saint Bernard qui se fait en deux fois. Cette première montée passe bien, rafraichie par quelques vasques et tuyaux d’eau parsemés. Nous arrivons ensuite face au Lac Verney qui est tout simplement magnifique.

TDS 2017

Au loin, je me fais alors une idée du fameux coup de cul qui nous conduira au ravito suivant et qui devrait me permettre de voir mon coach pour la première fois sur le parcours ! L’arrivée au Col se fait via un single orné de végétation dense. C’est vraiment en approchant que je détermine que les fourmis que j’observe depuis quelques minutes gravissent un vrai mur. Avant, il faut longer ce Lac Vernay si beau, si frais, l’eau y est cristalline.

L’ascension de ce raidillon se passera, malgré la mise en garde par SMS de mon coach. J’ai un bon rythme et reste dans les traces des coureurs qui grimpent devant moi.

TDS 2017

TDS 2017

12h00 : Col du Petit Saint Bernard – 36km 2500m – 05h58 depuis le départ. 623 ème.

TDS 2017

Cool, une fois arrivée sur la côte, je j’aperçois mon papa qui a fait pas mal de route pour venir me voir et en plus à l’heure. La journée sera rude pour lui également.. Je prends du temps sur ce ravitaillement. Le temps prévu. Je bois beaucoup (coca+eau, soupe) le tout servi par un super bénévole tout sourire. Je mange aussi pas mal. Je finirais de me restaurer après le ravitaillement, pour partager un court moment avec mon coach personnel, posé dans l’herbe ; le tout en admirant la vue royale. Je reviendrais randonner et pique-niquer dans cet écrin de verdure.

Je repartant, je consulte mon portable pour voir les derniers messages arrivés, ça fait plaisir et ça reboost! Allez, là c’est reparti. Et direction.. le four!!! Arrivée prévu dans… 15 kilomètres pour 1500 mètres de dénivelés négatif!!! Au revoir l’Italie, bonjour la France. Cette première partie de parcours est sublime, le côté Italien mérite un détour et de très très belles randonnées.

TDS 2017

Pour cette seconde longue descente, même stratégie que pour la première vers l’Alpetta. Tranquille! Je cours, mais lentement. J’essaye de trouver mon rythme afin de m’économiser. Le peloton est très diffus et je cours souvent seul. Il commence à faire très chaud et lourd, le petit air frais a disparu. Mon orteil blessé (voir course de Ferette) commence à me faire de plus en plus mal. Je redoute un peu les descentes car ne sommes qu’au début. Malgré tout, la descente est passée rapidement.

Nous entrons ensuite dans Séez. J’observe de loin, sur la droite les deux forts qui surplombent Bourg-Saint-Maurice : la prochaine grosse étape juge de paix de cette TDS.

J’ai bien tenu mon petit rythme. Le ravitaillement n’est plus très loin !! Sur la partie faux plat, j’alterne marche et course jusqu’au ravitaillement.

 

14H00 : Bourg Saint Maurice – 51km 2600m – 07h58 depuis le départ. 608 ème.

Le ravitaillement est plutôt bien organisé. Mon papa vient d’arriver et s’est installé à une table, à l’ombre. Nouveauté de cette année par rapport à la CCC en 2015, l’assistance n’a le droit de rentrer dans le parc que lorsque le coureur est annoncé sur le tableau. Cela facilite l’organisation et limite le nombre d’accompagnateurs dans la zone, plutôt une bonne chose. Je me poste donc et décide d’enlever ma chaussure pour soulager mon orteil qui devient bien douloureux. Pendant ce temps, mon papa s’occupe de mon ravito au buffet avec sandwich fromage/saucisson, trois verres de coca, et de grandes gorgées d’eau fraiche !!! Finalement, je ne me changerai pas, je garde ma tenue de rechange pour la soirée, en cas d’orage.

TDS 2017

45 minutes d’arrêt (et oui, presque le temps de faire un resto), 5 minutes pour passer le contrôle matos obligatoire (frontales, couverture de survie et portable) puis quelques mots échangés avec mon papa avant de me lancer dans cette sacrée montée.

TDS 2017

Je repars de Bourg avec un peu d’appréhension. Il fait chaud. Je garde en tête « l’enfer » vécu lors de l’ascension du barrage d’Emosson au 85 km du Mont-Blanc ! Prochaine étape vers le Fort de La Platte : 5,3 km et 1090 m de déniv exclusivement positif, 21% de moyenne, en pleine chaleur. Une deuxième course commence, cela risque d’être éprouvant. Je pars sur mon allure de rando à environ 600m/h, les écouteurs dans les oreilles. J’essaye de déconnecter mon cerveau et de juste mettre en pied devant l’autre pour les prochaines heures et admirer les paysages en reprenant de l’altitude!

La montée est entamée. Je suis impressionné par la quantité de coureurs qui redescendent et qui abandonnent. Je l’avais lu dans les récits, mais le voir est proprement hallucinant. Certains semblent même soulagés de leur décision. Je m’isole alors dans mon effort et continue cette ascension.TDS 2017

Les 500 premiers mètres de dénivelés sont parsemés de quelques arbres qui permettent à certains de s’allonger pour récupérer. Il y a des coureurs un peu partout, certains en mode zombies ! Le single en sous-bois se raidit, on commence la vraie montée ! Je m’astreins à boire régulièrement afin de ne pas payer cette montée par la suite. Un peu plus haut on croise une route située juste en-dessous du Fort du Truc. Je décide de ne pas m’arrêter et continue mon ascension à un rythme plutôt correct. Je me sens plutôt bien. Il reste environ 450m+ à faire, en plein soleil, sans arbre, sur une pente qui va encore se prononcer.

TDS 2017

Le physique tient et les jambes sont là (pour le moment). Heureusement la chaleur se fait moins sentir en prenant un peu d’altitude. Quelques centaines de mètres plus haut, j’aperçois ce Fort de La Platte qui me semble à présent accessible. J’atteins enfin cette sorte de crête qu’on longe : dernière « ligne droite » vers le Fort. Mais que c’est raide. Plein de personnes sont encore arrêtés le long du sentier. Le soleil est désormais moins haut dans le ciel lors de mon arrivée au Fort.

TDS 2017

Je me suis tellement fait un scénario catastrophe de cette montée, que mon mental était plus fort. Finalement cette partie de la TDS s’enchaine plutôt bien.

 

16H34 : Fort de la Platte – 56km 3700m – 10h32 depuis le départ. 576 ème.

J’en profite pour retrouver mon coach et échanger quelques mots avec lui et un bénévole super sympa avant d’aller remplir mes bidons à un ravitaillement de l’organisation qui est niché un peu plus loin. Un business parallèle est monté à côté de la ferme du Fort et permet d’acheter des ravitaillements et coca à 3€ la canette… Plutôt étonnant comme concept !

Je repars ensuite vers le Passeur de Pralognan. Et oui, il reste encore 800 mètres de positif à monter. En m’éloignant, je prends quelques photos de ce Fort. Au loin de l’autre côté de la vallée, pour ceux qui connaissent, la station de Ski du Domaine des Arcs. Je suis désormais dans l’ombre des montagnes.

La pente est encore raide mais s’adoucit peu à peu. Des paysages nouveaux apparaissent, beaucoup plus accueillants que les dernières heures passées depuis le Col du Petit Saint Bernard. Des petits lacs, des sommets enherbés vert fluo, j’adore cet endroit.

TDS 2017

La baisse progressive de la température et du profil, permet de retrouver un rythme de course un peu plus soutenu. Je me sens plutôt bien dans cette section. Arrivée au Col de la Forclaz, je prends rapidement quelques photos et file vers la prochaine étape. Nous entamons une descente sur un joli sentier rocheux pour remonter brièvement.

Derrière la bosse on rejoint un charmant lieu où est niché le Lac Esola, un micro paradis. Nous traversons alors la rivière par l’exutoire du lac et rentrons dans une petite gorge qui marque le début du passage technique. Grosse marche et rocher glissant sont au programme. La descente est courte et me voilà devant la « dernière » montée de l’après-midi, j’entame l’ascension vers le Passeur de Pralognan niché 320 mètres au-dessus. Après ça, la moitié du chemin sera fait.

TDS 2017

Comme à mon habitude depuis le début, je me calle sur mon rythme de marche active, régulier. Je me trouve en tête d’un petit groupe qui me suivra tout au long de cette montée. 

Cette ascension est passée étonnement vite. Certains passages sont délicats et la pente parfois raide mais le cadre, les couleurs du soleil couchant et la fraicheur relative me font profiter à fond de la course, les bonnes sensations sont présentes.

Après 12h09 d’effort (pour 60 kilomètres et 5000m+) j’arrive au Passeur de Pralognan et au point de contrôle.

 

18H11 : Passeur de Pralognan – 62km 4500m – 12h09 depuis le départ. 525 ème.

 Le panorama au sommet est sensationnel. Le Beaufortain dans toute sa splendeur. Je fais une courte pause pour admirer et prendre quelques photos souvenirs. Tellement beau, que je n’ai pas envie de descendre ! J’en profite également pour manger un petit bout. A ce stade, on peut dire que le gros de la journée est maintenant derrière et je vais revoir mon accompagnateur au prochain ravito, ça motive !!

TDS 2017

Je me lance alors dans le fameux passage du Passeur de Pralognan. Ce passage bien que technique est super sympa. Le peu de coureurs devant moi me laissent passer et c’est sans encombre que je retrouve le sentier plus terreux et poussiéreux situé en dessous et qui me mènera jusqu’au prochain ravitaillement. C’est en se retournant qu’on perçoit le caractère aérien du Passeur de Pralognan.

TDS 2017

Je me fais fait tout de même doubler par quelques coureurs plus rapides que moi en légère foulée. Je rejoins ensuite le large chemin après la retenue d’eau et essaye de trottiner. J’ai vraiment du mal à me motiver sur ce sentier, un petit coup de fatigue s’empare de moi. Baisse de régime. J’alterne marche active et petite course. Je ne double pas et ne me fais pas trop doubler sur cette portion de deux kilomètres jusqu’au ravito.

Mon papa m’accueille quelques centaines de mètres avant la tente du ravito. Ça me fait vraiment du bien de le retrouver depuis ces 4h30 passées depuis Bourg. Nous discutons un peu tout en marchant. Il ne pourra m’accompagner sous la tente du ravito. Je récupère de quoi m’alimenter, en chaud et froid et vais m’ asseoir vers les barrières pour discuter avec lui. Toujours frustrant de « lâcher » quelqu’un alors que la personne vous suit depuis des heures pour vous voir qu’une petite poignée de minutes…

TDS 2017

 

19h02 : Cormet de Roselend – 66km 4500m – 13h00 depuis le départ. 527 ème.

Une fois arrivé dans le ravito, je récupère mon sac d’allègement à l’entrée et pars me ravitailler. Je rejoins ensuite un petit espace, proche des barrières afin d’échanger avec mon papa qui a fait le tour de la tente. A ce stade, j’ai vraiment du mal à manger.. Les pastas ne passent pas. Je décide de me rabattre sur la soupe salée, des snickers et quelques fruits. Je me prépare pour la nuit qui devrait être fraiche et surtout humide !! froid. Je change de haut pour une couche manche longue, change de chaussettes, soigne un peu mes pieds et sors la frontale. Mon orteil se fait de plus en plus douloureux sur les descentes (uniquement et tant mieux..). Je fais ensuite le plein de mes bidons, barres, etc.

Je laisse ensuite mon sac d’assistance à mon papa et sors de la tente avec la frontale. Je ressens un peu de fatigue mais ne souhaite pas rester trop longtemps immobile sous peine d’avoir beaucoup de mal à repartir.. Après un court massage des mollets, les voyants sont donc presque au vert pour continuer.

Je laisse une nouvelle fois mon accompagnateur que j’espère revoir aux Contamines (toujours une grande source de motivation supplémentaire).

Je reprends le single direction le Col de la Sauce, une montée de 400 mètres environ avec une pente très douce à part sur une centaine de mètre et un chemin simple. La machine se remet progressivement en route. A partir de là, très peu de photo, il fait tout noir et il commence à pleuvoir !

En tournant la tête, j’aperçois une longue procession de lumière sur l’autre versant. Moment magique, on voit le tracé du chemin parcouru depuis le Passeur de Pralognan. Les frontales que j’aperçois doivent être à 1h ou 2 de moi. Je n’envie pas ceux qui passent là-haut à ce moment-là.

Le Col de la Sauce sera atteint assez rapidement. Nous basculons ensuite pour se diriger vers le très beau cirque situé sous les Crêtes de la Gitte et le Col du Bonhomme, avant le Passage du Curé. Mon rythme en descente est plutôt pas mal (à ce stade de la course…). J’essaye de préserver mes jambes pour la suite du parcours. Nous arrivons ensuite sur une passerelle en bois qui annonce un changement de profil sur un chemin qui grimpe au Col du Bonhomme.

J’arrive bientôt au fameux chemin en balcon au-dessus des Gorges, le Passage du Curé. Passage dont l’entrée est marquée par un point de contrôle.

De nuit, il est vrai que le torrent qui gronde en contrebas impressionne. J’aimerais bien le voir de jour. La pluie est omniprésente sans être trop violente pour le moment. Espérons que cela dure. Je fais attention où je mets mes pieds, car ce sentier légèrement technique, avec de gros cailloux parsemés est rendu glissant par la pluie. Celui-ci se terminera par un sentier d’où l’on aperçoit le hameau de la Gittaz.

J’arrive ensuite au hameau, je me fais biper et me dirige de suite à la vasque où je remplie mes bidons.

 

21h23 : La Gittaz – 75km 4900m – 15h22 depuis le départ. 525 ème.

Je ne tarde pas trop et débute la montée jusqu’au col. Je repars seul pour 700m+ : un premier de 300m+ assez raide où il faut prendre son mal en patience, le second de 400m+ sur un large chemin avec une pente beaucoup plus douce, mis à part à la fin. Personne ne double. La montée se passe bien, mes jambes vont bien et je ne ressens pas de fatigue particulière. Quelques centaines de mètres plus haut, au détour d’un virage, je constate que j’ai « creusé » un petit écart avec la dizaine de coureurs qui me suivaient. Je suis bien, je continue. La fin de la première portion arrive… Après ça, mis à part avant le Joly, les sentiers seront roulants jusqu’aux Contamines.

Je suis plutôt satisfait de constater que je suis en forme après presque 80 bornes et 5000m+ dans les pattes : sans doute un second souffle ? Le reste de la montée sera vite avalée. Un dernier effort et le Col Est de la Gitte sera derrière moi. Maintenant, la prochaine étape est le Col du Joly.

Je commence à courir tranquillement. Ce changement de rythme fait du bien aux muscles. Cette portion est longue mais passe vite. On se retrouve vite dans le passage un peu technique, j’adore ces moments, de nuit. Arrive la montée vers le Col sous la Fenêtre, petite grimpette sans difficulté particulière jusqu’à la cheminée en dessous le Col. Nous rejoindrons ensuite le sentier en balcon qui rejoint le Joly et son ravito.

Je rejoins mon coach qui est déjà présent malgré la fatigue qui s’accumule pour lui aussi.

 

23h51 : Col du Joly – 85km 5700m – 17h49 depuis le départ. 468 ème.

L’ambiance au Col du Joly est phénoménale. Le speakeur est à fond de fond, tout comme la musique mais la fatigue est clairement présente pour tout le monde. Je me cale sur un banc prêt des barrières, prends un coca, du thé et une traditionnelle soupe. Je ne m’attarde pas car il fait vraiment très froid ici !! Le temps de brancher ma montre sur la batterie externe et je salue mon papa qui me retrouvera normalement aux Contamines.

TDS 2017

Je me serais arrêté à peine 13 minutes. Maintenant, c’est l’autoroute jusqu’aux Contamines, ou presque. Un large chemin nous fait rejoindre un plus petit puis nous rentrons dans un sentier en sous-bois. Le temps était bien « humide », les racines glissent, les appuis sont fuyants.

Puis arrive le long plat depuis Notre Dame de la Gorge où l’on longe les bâtiments jusqu’aux Contamines. Je ne me ferais quasiment pas reprendre sur cette portion alors que je ne suis pas très rapide. Ce secteur n’est pas super sympa, un peu laçant ! De plus, mon gros orteil me fait à nouveau souffrir suite à cette longue descente. Je sens qu’il tape de plus en plus sur l’avant malgré les compresses placées sur l’avant… Il me tarde d’arriver au ravitaillement pour essayer de trouver une autre solution et soulager un peu cet orteil qui a déjà quelques km derrière lui. J’aperçois les lumières de la ville qui me semblent s’éloigner de pas en pas. Finalement les souvenirs sur cette section depuis le Joly sont assez confus… ce passage me semble très long.

 

Jeudi – 01H36 : Contamines -95km 5800m – 19h34 depuis le départ. 437 ème.

Il est « à peine » 1h30 du matin quand je me rentre au sec dans le ravito des Contamines, un peu fatigué après presque une journée d’éveil. Je réalise alors que j’ai pas mal d’avance sur mon planning prévisionnel. Je reste modeste et prudent car cette avance pourra vite fondre sur la dernière partie du parcours. Une fois dans la tente, presque vide je retrouve mon papa avec quelques affaires pour me sécher, des ravitos qui me donnent envie et surtout une personne avec qui discuter pour me changer les idées et repartir booster. Petite parenthèse : très belle perf de sa part pour rejoindre les contamines en aussi peu de temps ! c’était plutôt chaud… Après m’être changé, je fais un rapide constat de l’état de mon orteil, pas très beau, en sang et bien douloureux.

Après un petit repas léger, j’essaye de m’allonger un peu sur un banc en espérant pouvoir faire une mini sieste. La pluie tombe de plus belle dehors… Malheureusement, je ne trouve pas le sommeil. Je décide donc de me préparer pour affronter ce « dernier » gros morceau : la montée au Chalet du Truc et au Col du Tricot. Encore 1100 m+ à se faire après 95 bornes et 5800 m+…

TDS 2017

Je démarre cette grimpette tranquillement, au pied de l’Eglise des Contamines. La montée aux Chalets se fait également en deux parties, une très raide mais régulière au début, puis un profil plus sage vers la fin avec un passage dans les bois.

La pluie se calme, mais le vent reste présent. Malgré la montée, il fait bien frais lorsque j’atteins le Chalet du Truc au pied du Dôme de Miage. Ce passage est parait-il magnifique de jour, du coup je suis un peu frustré de ne pas voir grand-chose à part les frontales des autres coureurs. Mais ça invite une nouvelle fois à revenir.

Ça y est, il ne nous reste plus que le Col du Tricot et l’arrivée ne sera plus très loin. A partir de ce moment, je pense sérieusement à être finisher de cette TDS, sauf accident de parcours. On bascule alors vers les Chalets de Miage, un autre petit coin de paradis niché 200 mètres plus bas. J’arrive encore bien à courir dans cette descente.

Voici la der’ des der’, je suis au pied de la montée vers le Col du Tricot. Encore 500 mètres de positif à faire et on en aura (presque) fini avec les montées. En tout cas c’est la dernière aussi grande. Cette montée me semble redoutable lorsque je regarde les frontales qui montent, qui montent jusqu’à perte de vue… Je me remets dans ma petite bulle, avec de la musique dans les oreilles et commence cette dernière ascensions … c’est parti.

Toujours en rythme lent et régulier, je rattrape pas mal de coureurs. Doucement mais surement, je me rapproche pas à pas du sommet. Sans aucune pause, je mettrais moins d’une heure pour grimper. Je suis bien content d’arriver au Col.

 

Jeudi 04H48 : Col du Tricot -102km 7000m – 22h46 depuis le départ. 441 ème.

Malheureusement, vu l’heure, aucun paysage à savourer. Le vent souffle fort (très fort). Je ne m’attarde pas et commence la descente. Il reste 15 bornes, je suis plus ou moins en forme, même si un peu fatigué physiquement. Les jambes semblent bien tenir. Je peux maintenant me faire plaisir.

Je trottine, cours dans cette descente qui n’est pourtant pas des plus facile (cette perseption est peut-être liée à la fatigue). Au départ, c’est un sentier profond, creusé par les milliers de randonneurs qui se transforme en une pente plus accentuée faites de rocher et de marches à passer.

J’avance pourtant bien, les quadris sont en forme et étant donné que ce n’est « presque » que de la descente jusqu’à la fin, j’en profite pour ne pas me freiner. Je commence à compter les personnes que je double pour me situer (cela occupe l’esprit aussi !)

Après la passerelle, il reste la dernière petite difficulté de la course : 85 mètres de dénivelé à avaler en guise de dessert. Arrivé au croisement vers Bellevue, je mange une petite pate de fruits (plus par plaisir que par nécessité) avant de me lancer sur le sentier en balcon qui rejoint la voie ferrée de Bellevue, je me régale.

Juste avant d’arrivée à la voie ferrée, je rattrape un petit groupe de coureurs, plutôt rare à ce moment de la course. Heureusement vu l’heure je ne risque pas de me prendre un trail, il est encore un peu tôt pour cela !

 

Jeudi 05H42 : Bellevue – 106km 7100m – 23h40 depuis le départ. 412 ème.

Après un petit bavardage avec les bénévoles, l’ultime descente! Je cours et suis un binôme croisé un peu plus tôt… Je laisse rouler sur ce sentier un peu raide entre les buissons, puis à travers une prairie puis enfin le bois. Il fait encore frais mais le soleil commence à se lever, doucement ! Féniasse.

A la fin de ce sentier, commence une portion de route pour arriver aux Houches. Beurk, que c’est long et plutôt chiant ! Je me traine jusqu’au ravitaillement.

 

Jeudi 06H29 : Les Houches – 111km 7100m – 24h27 depuis le départ. 402 ème.

Mon fidèle coach est présent, appareil photo à la main. Je discute un peu avec lui avant d’aller prendre le petit dej (les gens qui lisent mes récits vont penser que je fais des ultra, juste pour manger au ravito…). 

Il ne reste que 8 kilomètres et je me donne approximativement 1h30 maxi pour terminer cette TDS, je suis dans un bain d’endorphine, sur un nuage mais appréhende cette dernière partie, roulante sans grand intérêt sur une course de ce type.

TDS 2017

Je laisse mon papa au ravito pour entamer ce dernier tronçon vers l’arche de Chamonix… Cela commence par une descente vers l’Arve pour remonter son lit de l’autre côté de la vallée.

Je me fixe comme objectif de marcher vite dans les côtes et courir tout ce qui peut l’être sur le profil plat ou descendant. Je trouve un compagnon de route parisien dans cette dernière section qui me semble interminable. Nous voici enfin prêt du mur d’escalade, puis la route, là on remonte puis du plat puis la descente. Quelques supporters nous encouragent dans cette dernière portion : « profitez de ces instants ».

Il n’est même pas 8h, pourtant les rues de Chamonix se remplissent déjà. Il y a pas mal de monde je trouve, malgré la pluie qui vient jouer les troubles fête. J’essaye de profiter au maximum de ce dernier kilomètre qui me mènera sous l’arche tant convoitée. Cette ligne droite est absolument magique, chaque personne présente applaudit, congratule, dans toutes les langues, l’émotion monte.

Arrive la fin de l’Avenue, les barrières, j’avance et prends ce virage face à l’Eglise de Chamonix, signe salvateur de la fin de cette saison 2017 bien remplie de challenges. Avec beaucoup d’émotion je passe cette ligne pour la seconde fois cette saison, le sourire au lèvre.

ça y est j’ai fini, terminé cette TDS 2017, Finisher d’une seconde course de l’UTMB 2/4 !

TDS 2017

Jeudi – 07H55 : CHAMONIX – Finisher de cette TDS et ses 119km 7250m – 25h53 depuis le départ. 420 ème.

Mon papa me rejoint, j’ai un peu de mal à réaliser. Après quelques photos, je vais récupérer ma polaire Columbia finisher TDS, qui est cette année très sympa. Nous irons ensuite prendre le petit dej (et oui j’ai encore faim !) dans une boulangerie du centre. Enfin une vraie baguette, petit pain et café….

TDS 2017

Puis douche bien méritée à la salle de sport, avant de nous balader dans Chamonix, sous la pluie. Après une bonne bière et pizza nous assisterons à l’arrivée des premiers de l’OCC dans l’ambiance immense et magique de l’UTMB.

Que de bons souvenirs cette course sur les Traces des Ducs de Savoie. Je reviens des étoiles pleins les yeux, des souvenirs plein la tête. J’ai encore appris sur moi-même et sur la souffrance, résistance intérieure que l’on peut subir. Souffrance seulement mentale et passagère, qui apprend la patience et l’abnégation.  

TDS 2017

Une seule envie : y retourner l’année prochaine pour une autre course qui me rapprochera une nouvelle fois de mon Graal personnel.

TDS 2017

 

Infos parcours et trace GPS de cette TDS

Distance totale: 122.56 km
Denivelé total positif : 7124 m
Denivelé total négatif: -7310 m
Durée totale: 01:52:43
Télécharger
Par | 2017-12-04T19:52:09+00:00 septembre 7th, 2017|Récit de course|3 Commentaires

3 Commentaires

  1. Hélène RAHON 13/11/2017 à 9:50 - Répondre

    Sacré récit… Je reste sans voix ! C’est de la folie ce que tu as fait. Et ce n’est pas fini… Toujours plus haut, toujours plus loin, telle est « ta » devise. Je te souhaite tout le meilleur pour la suite… Et la suite de la suite… 3 petites lettres symboles de tant d’espoir, de rêves mais aussi de sacrifices.

  2. andrillat 21/08/2018 à 2:07 - Répondre

    Bravo pour ce super CR je veux la faire l’an prochain et il me sera très utile merci !! J’ai fait aussi le marathon du Mont Blanc 90 km on aurait pu se croiser je suis arrivé quelques minutes après toi !! Qui c’est sur une prochaine course 😉
    Bravo aussi pour tes performances !! Combien de km et de D+ avais tu avant de te lancer ? Merci d’anvance

    Bip BIp

    • scherrerp 21/08/2018 à 5:55 - Répondre

      Merci pour ton commentaire. Tu devrais vivre une belle course. Paraît que c’est la plus belle des 3! Hors PTL qui reste une épreuve à part!!
      Pour la distance, je dirais 2000km et 45000m de D+ avec les baskets pour préparer la TDS

Laisser un commentaire