85km du Mont-Blanc – 85km 6000m D+

Gros coup de foudre pour cette course alpine exigeante aux vues sublimes sur la vallée de Chamonix. Ce 85km du Mont-Blanc restera gravé dans ma tête à la fois pour sa beauté et pour sa rudesse…

Tout commence par un tirage au sort négatif en 2016 ! Déçu, je retente ma chance en 2017 et la bonne surprise mon nom est la liste des partants (sans doute grâce au coefficient 2) ! il ne me reste plus qu’à préparer cette sacrée course avec comme unique objectif : être finisher de ce 85km du Mont-Blanc !

Comme d’habitude, nous arrivons la veille sur Chamonix et cette fois en famille. Premier weekend dans les Alpes pour notre petit. Nous allons récupérer le dossard. L’organisation est bien huilée, il n’y a pas beaucoup d’attente. Le sac de course est scrupuleusement vérifié et nous repartons munis du précieux sésame pour aller tranquillement préparer nos affaires. Nous en profitons pour faire un tour au centre et nous dirigeons vers notre charmante petite location.

85km du Mont-Blanc

Nuit assez courte mais reposante ! Le petit dej sera moins réjouissant. Mon gato sport préparé la veille est immangeable car beaucoup trop cuit : je suis condamné à manger un vieux bout gato trop dur et une compote ! On peut mieux faire comme petit dej avant une course de ce type.

Après un dernier check, mon papa me dépose au centre de Chamonix, il est 3h30. Canicule depuis plusieurs jours … la météo est annoncée plus clémente aujourd’hui, avec possibilité d’orage en fin d’après-midi. J’appréhende car je ne supporte que très mal les températures supérieures à 25-30°C !

 

4h00: Départ de ce 85km du Mont-Blanc

Heure matinale oblige, le départ se fait assez calmement. Ni sono à fond, ni speaker survolté : Chamonix dort encore. Un tube d’ACDC retenti pour nous informer que nous serons bientôt sur l’autoroute de l’enfer !!

85km du Mont-Blanc

Compte à rebours, 3, 2, 1 … GO ! C’est parti. Positionné vers l’arrière dans le sas (1100 coureurs au départ), un temps certain s’écoulera avant de franchir l’arche. Nous commençons par un itinéraire de 2-3 Km sur le bitume chamoniard, permettant d’étirer le peloton et rendre la première ascension plus fluide que les années précédentes. Le départ de ce 85km du Mont-Blanc est assez stratégique en fait: il faut se placer en fonction de là où on veut être dans le peloton pour faire à son rythme la longue montée du Brévent (1400m d+ presque à froid). Premier bouchon au début de la montée. Je reste sagement à la file, la montée commence assez mollement, mais comme on s’arrête de temps en temps, je peux prendre des photos du lever de soleil sur le Mont-Blanc, juste magnifique.

85km du Mont-Blanc

J’atteins le sommet du Brévent et ses crêtes minérales. Le panorama est fabuleux, les lumières du petit matin illuminent la chaîne du Mont-Blanc, ses arrêtes et leur neige éternelle.

J’entame ensuite la descente sur Planpraz, premier basculement de col. Tout sourire je déroule donc jusqu’au ravito. La descente n’est pas très technique, elle emprunte une large piste caillouteuse et je descends en petite foulée. La forme est là, tous les voyants sont au vert pour le moment (heureusement nous ne sommes qu’au début de cette longue journée). Je passe assez rapidement ce raivto. Profite juste pour recharger mes flasks, manger un petit bout et me poser 5 minutes.

85km du Mont-Blanc

 

07H30 : La Flégère – 17,6km 1529m – 03h30 depuis le départ. 451 ème.

Notre traversée se fera sur un sentier en balcon plutôt descendant jusqu’à la Flégère, puis nous remontons en direction de la tête aux Vents. S’en suit une jolie portion en balcon jusqu’à La Tête aux Vents où le soleil tape déjà bien fort alors que nous sommes encore tôt.

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85km du Mont-Blanc

 

08H09 : La Tête aux vents – 21km 1815m – 04h09 depuis le départ. 417 ème.

Je décide de m’économiser et adopte un rythme de rando-montagne. La montée vers la tête aux vents et ses gros blocs de granit n’autorise de toute façon guère autre chose. La descente vers le col des Montets est réputée pour sa technicité. Ce passage me rappel ma CCC en 2015 (mais dans l’autre sens et de nuit)… La longue et cassante descente se fait correctement, mais en y repensant, ce n’est finalement pas la plus difficile.

85km du Mont-Blanc

 

09H02 : Le Buet – 27,3km 1829m – 05h02 depuis le départ. 382 ème.

J’arrive au Buet : le chemin emprunté ici est identique à celui du trail des aiguilles rouges. Je profite de ce ravito pour me poser, et bien me ravitailler. Je consulte mes quelques SMS d’encouragement et profite pour y répondre avant de reprendre mon petit bout de chemin. Les jambes suivent plutôt bien pour le moment, le moral est bon!

Me voilà en route vers Loriaz sur une section boisée assez bucolique. Traversées de ponts, cascades, chalets d’alpages. Malgré la chaleur qui augmente, il fait très agréable pour le moment la météo est moins pénible qu’attendu. La végétation se fait cependant de plus en plus rare à mesure que nous progressons dans la pente. J’essaye de rester régulier, beaucoup de coureurs s’arrêtent sur le côté.

85km du Mont-Blanc

A ce stade nous aurons parcouru un peu plus de 30km sur ce 85km du Mont-Blanc. Quelle chance d’être ici sur ce parcours, les paysages redonnent le moral et font oublier la difficulté ! J’arrive en haut après 2 bonnes heures de montée. Lauriaz m’aura tout de même marqué. Je commence à fatiguer.

85km du Mont-Blanc

Après le contrôle de dossard, j’essaye de trottiner dès les premiers hectomètres. Cela me permet de changer de rythme et libérer la foulée. Je plonge ensuite vers la vallée. 800m de D- au programme, sur un beau sentier (bien qu’un peu vicieux). La végétation réapparait, je continue à trottiner sur une bonne allure. Je suis désespérément à la recherche de points d’eau.. Je souffre de la chaleur et appréhende la montée vers le lac d’Emosson. Je ne suis pas dans mon assiette.

 

11H15 : Le Molard – 37,1km 2512m – 07h15 depuis le départ. 363 ème.

Le temps de boire quelques gorgés dans un ruisseau, de remplir mes flasks qui étaient presque vides, et me voilà reparti. C’est maintenant l’heure de ce qui va s’avérer être le juge de paix de ce 85km du Mont-Blanc: la redoutée montée au barrage d’Emosson. Je ne connais absolument pas l’endroit. Ce barrage a une sacrée réputation.

Le début de la montée est assez raide, mais j’imprime le rythme pour tout un groupe, mais cela ne va pas durer… Quelques centaines de mètres plus loin je commence à avoir mal au ventre, et de fortes envie de vomir !! Je passe la main aux suivants et décide de m’arrêter un instant pour prendre le temps de respirer.. J’essaye de manger un petit bout ! Malheureusement quelques minutes plus tard, cela ressort.. A ce moment, je prends conscience que cette montée va se transformer en autoroute de l’enfer, la musique de départ était peut-être un signe. Il fait chaud, pourtant j’ai froid !! j’essaye de boire mais impossible, tous les liquides, aliments, compotes ressortent plus vite qu’il ne faut pour le dire ! Je suis mal barré ! J’essaye d’avancer à tout prix, me disant que ce mauvais passage allait passer. J’essaye de penser à autre chose avec de la musique sur les oreilles. J’avance à deux à l’heure, mais avance encore ! Il va falloir vraiment se mettre quelques coups de pied aux fesses pour arriver en haut. Quelques trous de mémoire plus tard, j’accroche une coureuse et commence à discuter avec elle. Elle m’encourage et essaye de me trainer jusqu’en haut ! Séquence Emosson lorsque je vois le haut du barrage ! ça y est je l’a fait péter, ce barrage !

85km du Mont-Blanc

85km du Mont-Blanc

 

13H05 : La Barrage d’Emosson – 41,6km 3312m – 09h05 depuis le départ. 397 ème.

Après la traversée du barrage, je retrouve ma petite famille pour une pause bien méritée. Mon niveau de forme est au plus bas. Je suis en train de vivre mon pire moment au course, jamais vécu : nous sommes en plein cagnard, et j’ai froid à devoir mettre ma veste… J’essaye de boire et manger mais rien ne va. Je me pose pas mal de question, je décide de penser à redémarrer après pas mal de débats avec moi-même sur les bonnes raisons qui pouvaient me pousser à continuer. J’en trouve peu, sauf la curiosité de voir si je peux quand même y arriver, car je sens bien que jusqu’à présent, je n’ai absolument rien prouvé ni appris : un peu facile d’abandonner maintenant, aussi facilement après la « première difficulté venue ». Je n’ai pas préparé cette course pour arrêter à la moitié. Certes, ce 85km du mont-Blanc n’est pas mon objectif principal de la saison, car la TDS sera encore plus longue et sans doute plus dure, mais quand même, si je ne fais rien je vais revenir frustré en Alsace et regretter de m’être arrêté là.

Je recharge donc mon sac, me dirige vers le contrôle du sac à la sortie du ravito, et en route pour la fameuse descente de Chatelard. Cette descente sera le test ultime entre continuer et arrêter ici cette aventure !

Nouveau souffle, après quelques centaines de mètres, je commence à nouveau à courir dans cette magnifique section vraiment très raides et techniques. Enième mouillage de casquette dans la fontaine, et la fête continuuuuuuue sur la seconde partie !! Je continue sur cette descente qui me plait plutôt bien et qui fait du bien au moral. Je me re hydrate progressivement et commence à reprendre des forces.
Après cette descente de 1100m de D-, j’arrive sur Chatelard. A ce moment, nous dépassons tout juste la mi-course. Je croise rapidement ma famille qui s’inquiète un peu de mon état d’Emosson. Tout semble rentrer dans l’ordre (pour le moment).

 

15H01 : Chatelard Village – 45,4km 3335m – 11h01 depuis le départ. 507 ème.

Dès la sortie de Chatelard, j’entame l’avant dernière grosse ascension qui nous mène vers la Tête d’Arolette à 2300m d’altitude, soit près de 1200m de D+ qui s’annonce ! La première partie de la montée se passe bien jusqu’au ravitaillement des Jeurs après 600m de D+ d’ascension.

85km du Mont-Blanc

Le soleil continue à taper fort. Après une dernière butte, j’arrive au ravito. Plutôt une bonne surprise, car il reste encore un bon bout à monter. Je prends le temps de me poser et m’alimente correctement.

85km du Mont-Blanc

Après 15 minutes de pause, je reprends la route. Une montée qui se fait sur une large piste. Je retrouve un rythme ascensionnel plutôt correcte malgré la chaleur. Je pousse sur les bâtons, sur les cuissots, et mon corps semble répondre positivement, ouf, cela me rassure un peu. La montée devient plus raide et il n’y a plus d’ombre, mais les magnifiques paysages font oublier cette montée. J’arrive à la Tête d’Arolette plutôt bien en doublant pas mal de coureurs en cette fin d’après-midi (2322m d’Alt).

85km du Mont-Blanc

 

17H52 : Col des Possettes – 56km 4602m – 13h52 depuis le départ. 455 ème.

La descente suivante, après le col des Posettes se fera sans embûche particulière. Je cours avec deux autres personnes qui ont le même rythme que moi.

85km du Mont-Blanc

 

Cela permet de discuter un peu et de se changer les idées. Cette descente se fait sur une belle piste. Je peux dérouler tranquillement pour récupérer un peu de cette difficile montée, sans forcer. A ce stade, il me reste environ 4km de descente afin de rallier le Tour, prochain ravitaillement situé au 55ème km. Ravito ou ma petite famille m’attend, cela motive.

J’ai repris du poil de la bête. Mon genou commence à me rappeler à l’ordre, mais rien de bien méchant pour le moment. Globalement les indicateurs sont à nouveau (presque) au vert.

 

18H46 : Le Tour– 60,3km 4602m – 14h46 depuis le départ. 451 ème.

J’arrive au Tour ou je profite de la présence de ma famille et un bon ravito bien mérité… Toujours le même rituel : coca, saucisson pain fromage et quelques fruits. Je m’allonge un court instant afin de délester mes jambes. Je profite pour refaire le plein de mes flasks et me masser les mollets… Allez, j’ai fait les 2/3 de la course, je tiens le bon La prochaine portion qui nous emmène au ravito des Bois est plutôt sans intérêt : un up and down d’environ 7km. Moins intéressante que les nombreux passages plus alpins que nous avons eu la chance de fouler, mais bon, ça change un peu…

85km du Mont-Blanc

Je double pas mal sur cette section. Le temps passe vite et j’arrive au ravito des Bois, avant-dernier gros ravito avant l’arrivée! A ce stade, je me dis que je devrais arriver et repasser sous l’arche de Chamonix passée quelques heures plus tôt. Je prends le temps de me ravitailler avant cette étape de nuit.

 

20H52 : Les Bois – 70km 4800m – 16h52 depuis le départ. 401 ème.

Nouveau contrôle des sacs et de la frontale, re-coca et me voilà reparti. La nuit tombe à grands pas (plus vite que je ne peux courir à ce stade).
Je commence la montée vers la gare de Montenvers et la Mer de Glace. Un petit 1000m de D+ comme repas du soir !!! J’active le mode marche rapide et essaye de retrouver mon rythme de croisière. Les premiers lacets sont assez difficiles, la fatigue se fait sentir. Un peu plus haut, j’arrive à un petit « snack » qui est fermé à cette heure-ci. Dommage, j’aurais bien pris l’apéro ! Allez encore un petite demi-heure d’ascension pour rejoindre Montenvers, le chemin est technique, il faut progresser parmi les dalles et les parties câblées. J’arrive au niveau de la Mer de Glace, un peu trop tard. Moins intéressant de nuit ! On ne voit pas grand-chose. J’essaye d’avancer, de ne pas trainer. La fatigue s’installe de plus en plus sur cette montée. Il me tarde d’arriver sur Montenvers et de faire un court arrêt. Je m’isole avec quelques morceaux de musique que j’affectionne particulièrement afin de m’évader un peu de cette solitude et de la nuit. J’adore cette ambiance.

 

22H44 : Montenvers – 75,2km 5669m – 18h44 depuis le départ. 431 ème.

Je passe le Montenvers avec un arrêt au stand relativement court. Le temps de discuter un peu avec une bénévole, de charger mes flasks en thé et de manger un petit truc. L’ambiance est très sympa sur ce ravito de nuit.

Je repars ensuite, direction le Plan de l’Aiguille sur le grand balcon plutôt piégeuse et long. Sur la droite, un gros précipice que j’éclaire avec ma frontale.. Avec la fatigue, mieux vaut y aller doucement. Chamonix se laisse entrevoir sur cette portion, mais en tout tout petit. Il reste encore un peu de route avant d’y arriver !

 

Sam. 00H31 : Plan de l’aiguille – 80,2km 5870m – 20h31 depuis le départ. 432 ème.

J’arrive au pointage et ravito du plan de l’aiguille. Tout mini ravito sans grand monde. Je ne m’arrête qu’un bref instant pour boire un dernier thé avant la descente. Ça y est, j’entame la dernière descente pour revenir sur Chamonix (1150m  de D-).. Sur les premiers lacets, il est difficile de courir tellement le sentier est technique… Au fur et à mesure de la descente, le sentier devient plus praticable, je cours sur un bon rythme, je me sens plutôt en forme. La fatigue semble s’effacer, sans doute lié à l’euphorie de normalement être finisher de ce 85km du Mont-Blanc. Mon genou prend chère dans cette descente. Il devient douloureux. Allez moins de 5km de l’arrivée. Les lumières de Chamonix se rapprochent. Un virage, Deux virages, etc… ça y est, je quitte le sentier pour fouler le bitume de Chamonix, c’est magique ! La ville est éclairée, il ne me reste qu’1km, je profite à fond de cette fin du 85km du Mont-Blanc. J’en arrive presque à oublier les difficultés rencontrées et les doutes si présents à Emosson !!!

Je cours dans les rues de Chamonix, je suis debout depuis plus de 24h mais plus du tout fatigué à ce stade. Je viens de vivre une course incroyable qui restera gravée en moi. En passant sous l’arche, j’ai l’impression d’une grande victoire… sur moi-même et la partie faignante qui me murmurait d’abandonner 50km plus tôt !

 

Sam. 01H52 : Chamonix – 85km 6000m – 21h52 depuis le départ. 410 ème.

Je profite de la remise de la médaille finisher (ainsi que la casquette) et vais me chercher une bière ! Chose que je ne fais que très rarement (surtout à cette heure-ci), mais là c’est différent, après beaucoup de doutes, je suis finisher de ce 85km du Mont-Blanc.

85km du Mont-Blanc

Si je devais faire un bilan rapide de ce 85km du Mont-Blanc : J’ai adoré cette course, j’ai adoré le parcours qui est le plus beau que j’ai eu l’occasion d’arpenter jusqu’ici, j’ai adoré cette arrivée, mais quesque c’était dure ! Je pense avoir passé une nouvelle étape dans mon mental avec cette course. Je suis vraiment sorti de ma zone de confort comme jamais ! Très formateur, je suis persuadé que cette expérience me servira. En tout cas, lorsque j’aurais des coups de moins bien ce passage d’Emosson me reviendra en tête ! Mais surtout : je suis finisher de ce 85km du Mont-Blanc !

85km du Mont-Blanc

Place maintenant à la récup, à de bons moments en famille sur Chamonix et de repos ! Il parait que j’ai TDS dans moins de 2 mois, un autre sacré défi pour ma saison 2017 !

85km du Mont-Blanc

Par | 2017-11-11T16:00:55+00:00 juillet 11th, 2017|Récit de course|0 commentaire

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